6 juillet 2022
Emmanuel Macron lors de son discours à La Défense Arena de Nanterre (Hauts-de-Seine) le 2 avril 2022

Emmanuel Macron lors de son discours à La Défense Arena de Nanterre (Hauts-de-Seine) le 2 avril 2022

La réélection d’Emmanuel Macron à la une de la presse africaine

REVUE DE PRESSE. Vu d’Afrique, même si le soulagement domine après le second tour de la présidentielle, l’engouement constaté en 2017 n’est plus là… au contraire.

« Le scénario de 2017 s’est donc répété. Marine Le Pen, pour la deuxième fois consécutive, a été battue par le même rival. Le scrutin s’est déroulé sans incident susceptible d’entacher sa régularité. Et les Français ont connu le nom de leur numéro un seulement, peu après que le dernier électeur a déposé son bulletin dans l’urne. Au Gondwana, on a été tout simplement ébahi par la manière diligente dont les choses se sont passées. Dans bien des pays africains, en effet, après un scrutin, l’attente des résultats peut durer une semaine. Et c’est dans le meilleur des cas », ironise Le Pays, journal burkinabè.

Les réactions officielles

Très rapidement, après la publication des résultats officiels du second tour de la présidentielle française, plusieurs chefs d’État africains ont tenu à féliciter Emmanuel Macron pour sa réélection. Ainsi, « le président de la République, Macky Sall, s’est fendu d’un tweet, dimanche, pour adresser ses félicitations à son homologue français », rapporte le site sénégalais Senego. Le président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, a lui aussi adressé ses « chaleureuses félicitations » à son homologue se réjouissant de poursuivre avec le président français « le renforcement des liens d’amitié et de coopération entre la Côte d’Ivoire et la France », complète le média.

D’autres dirigeants se sont également exprimés sur Twitter, tels le président nigérien Mohamed Bazoum a également salué la « brillante réélection » de son homologue français. « Son expérience des sujets internationaux en général et du Sahel en particulier en fait un partenaire précieux pour nous dans notre combat contre le terrorisme », a-t-il expliqué dans un tweet. Et au Gabon, Emmanuel Macron a reçu les félicitations du président Ali Bongo Ondimba, qui a souligné aussi que « plus qu’un passé en commun, nos deux pays ont un avenir à construire », rapporte RFI.

La montée de l’extrême droite pointée

« Si l’issue de ce second tour ne faisait aucun doute avec des sondages qui donnaient Emmanuel Macron gagnant avec un écart de dix points, la présidentielle de 2022 a montré que l’extrême droite a gagné du terrain en France ces cinq dernières années », note le site algérien TSA. « Marine Le Pen fait mieux qu’en 2017 quand elle avait engrangé 33 % des voix. Elle progresse donc de huit points et pour gouverner, le nouveau réélu devra bien tenir compte de cet électorat », avertit L’Observateur Paalga.

L’échiquier politique est bouleversé. « Macron a fait ressurgir des courants qu’on aurait qualifiés, il n’y a pas si longtemps, de hors système, d’une part, une image d’extrême gauche “soft” qui ne dit pas son nom, mais amalgame des idées conservatrices et des idées révolutionnaires et, d’autre part, une extrême droite mixant un nationalisme dur et un populisme contestataire », commente M. Ranarivao, dans Midi Madagascar.

Pour L’Observateur Paalga, journal burkinabè, la défaite de Marine Le Pen, « c’est un ouf de soulagement dans la mesure où le fonds de son commerce politique se résume à la lutte contre l’immigration, notamment africaine ; les étrangers, particulièrement les Noirs et les Maghrébins étant accusés de tous les péchés de l’Hexagone et les musulmans suspectés de coloniser insidieusement la fille aînée de l’Église qui ne se reconnaîtrait plus. Elle a beau être plus subtile que son père, elle a quand même hérité des gènes puisque les chiens ne font jamais de chats, nonobstant la savante entreprise de dédiabolisation qui ne trompe personne. »

Repenser en profondeur les relations avec l’Afrique

En attendant, les analyses concernant les attentes des Africains par rapport à la politique française sont beaucoup plus mesurées. Beaucoup attendent du concret, comme une vraie rupture, par exemple, avec la Françafrique, ou encore la prise en compte des intérêts africains. Le Pays se pose aussi la question de savoir si le président réélu « saura relever le défi de la montée du sentiment antifrançais en Afrique en général et en Afrique francophone en particulier ». En novembre 2017, lors de son premier mandat Emmanuel Macron était venu à Ouagadougou, prononçant un discours annonçant « la mort de la Françafrique, de ses réseaux obscurs et de ses liens malsains. Et pour montrer sa volonté à aller dans ce sens, il avait promis que les archives françaises sur l’assassinat de Thomas Sankara seraient transmises à la justice burkinabè. Dans la foulée, il avait annoncé le processus de restitution du patrimoine culturel africain », se rappelle le quotidien ouagalais. Les changements toujours attendus se sont transformés en profonde rancœur. « Le sentiment antifrançais à Ouagadougou, à Bamako, à Bangui ou encore à Niamey, ne faiblit pas. Et l’on ne se contente pas de demander le départ des Français de ces pays. L’on exige aussi que les autorités regardent du côté de la Russie, de la Chine et de la Turquie », observe Le Pays.

Même constat pour son compatriote L’Observateur Paalga : « Pour les Africains, Macron, dont ils n’attendent plus grand-chose, aura été une grosse désillusion tant et si bien qu’en désespoir de cause certains, notamment au Sahel en proie depuis une décennie au terrorisme, sont prêts à s’accrocher à tout et à n’importe quoi, même aux grosses pattes de l’Ours russe, quitte à remplacer un dominateur et un exploiteur par un autre qui aurait au moins l’avantage de ne pas traîner un lourd passif colonial ». « Rarement en tout cas l’image de la France en Afrique n’aura été aussi ternie que ces cinq dernières années », affirme-t-il dans l’édition du jour titré « Un pis-aller nommé Macron ».

Par Sylvie Rantrua lepoint