16 juin 2024

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«Après la Françafrique, sommes-nous condamnés à l’effacement de la France en Afrique ?»

TRIBUNE – Les sénateurs LR Roger Karoutchi, Bruno Retailleau et Christian Cambon adressent une lettre ouverte au président de la République, signée par 94 parlementaires issus de plusieurs bords politiques. Ils appellent à remettre à plat la politique de la France en Afrique.

Monsieur le président de la République,

Depuis plusieurs années, nous interpellons nos gouvernements successifs sur la place et le rôle de la France en Afrique. Se contenter, comme certains ministres l’ont fait, de nous qualifier de nostalgiques de la Françafrique est une aberration qui a servi à dissimuler échecs et reculades.

Aujourd’hui le Niger, hier le Mali, la Centrafrique, le Burkina Faso ont rejeté la France, les forces françaises, les entreprises françaises. À nos dépens, après l’échec de l’opération Barkhane, voilà les milices Wagner, peu sourcilleuses des droits humains ou de démocratie, mais parfaitement disponibles pour tous les dictateurs ou les dirigeants se maintenant au pouvoir en coalisant leurs populations contre l’ancienne «puissance coloniale». Ce mouvement en Afrique subsaharienne se propage avec des manifestations et des actes anti-français jusque dans les pays réputés proches de nous, comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal.

En Afrique du Nord, que de déconvenues là aussi. Le président Abdelmadjid Tebboune, parvenu au pouvoir dans des conditions difficiles du fait du Hirak, fait souffler le chaud et le froid, parlant parfois de rapprochement et d’une visite officielle (régulièrement déprogrammée) et parfois du «Grand Satan» français responsable de tous les maux du peuple algérien. Ce mouvement de balancier pousse de nombreux responsables français à remettre en cause les accords de 1968 qui n’ont d’ailleurs plus de sens.

Au Maroc, les atermoiements français sur le Sahara (alors que l’Espagne et l’Allemagne ont reconnu la souveraineté marocaine) et la politique d’équilibriste du Quai d’Orsay avec l’Algérie, poussent le Palais royal à chercher ailleurs qu’à Paris des partenaires militaires ou économiques.

«Aujourd’hui, la Françafrique d’hier est remplacée par la Russafrique militaire, par la Chinafrique économique ou l’Américafrique diplomatique. Et que dire, malheureusement, de la régression de la Francophonie par rapport à la langue anglaise?» Roger Karoutchi, Bruno Retailleau, Christian Cambon

En Tunisie, l’erratique président Kaïs Saïed se tourne quant à lui alternativement vers les États-Unis, l’Union européenne, le monde arabe, et de moins en moins vers la France qui n’a plus un rôle privilégié.

Monsieur le président de la République, nous ne sommes pas des nostalgiques de Savorgnan de Brazza, nous ne rêvons pas de l’Afrique occidentale française ou de l’Afrique équatoriale française, nous savons que l’ère Foccart est totalement révolue. Mais nous ne comprenons pas l’évolution de la politique française en Afrique tant sur le plan militaire, que sur la notion de codéveloppement ou sur la coopération culturelle et linguistique. Aujourd’hui, la Françafrique d’hier est remplacée par la Russafrique militaire, par la Chinafrique économique ou l’Américafrique diplomatique. Et que dire, malheureusement, de la régression de la Francophonie par rapport à la langue anglaise?

Monsieur le président de la République, la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, et le Sénat tout entier lors d’un débat sur la politique française en Afrique, vous ont alerté au printemps.

N’est-il pas temps de remettre à plat notre vision de l’Afrique et de son lien avec la France. Vous en avez eu, à plusieurs reprises l’intention…

Il en est probablement temps, alors que l’Afrique continent ami, ne semble plus comprendre la France, et conteste de plus en plus son rôle et sa présence.

Pour notre part, nous ne nous résignons pas à notre disparition progressive de l’ensemble du continent.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le président de la République, l’expression de nos sentiments les plus respectueux.

Roger Karoutchi, premier vice-président du Sénat chargé des relations Internationales.

Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat.

Christian Cambon, président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat.

Par Tribune collective