6 juillet 2022
Le populisme restera une épine dans le pied de la France

Ce qui se passe en France n'est pas différent du reste du monde occidental

Le populisme restera une épine dans le pied de la France malgré la victoire d’Emmanuel Macron

Le vote dit de barrage ou vote barrière a une fois de plus sauvé la France de l’extrême droite. L’Europe a également été à l’abri de nouvelles incursions du populisme, qui continue de menacer de faire échouer l’ensemble du projet européen et ses principes, qui ont assuré la paix, la stabilité et la sécurité sur le continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le discours de victoire modéré d’Emmanuel Macron a montré l’ampleur de la menace, l’extrême droite s’enracinant dans la société française. Marine Le Pen a persuadé plus de 40% des électeurs français de la soutenir, tandis qu’un pourcentage alarmant de 28% de l’électorat s’est abstenu de voter.

Ce qui se passe en France n’est pas différent du reste du monde occidental, où les gens semblent être plus désespérés et plus impatients. Ils remettent en question leur système politique et ce qu’ils ont accompli, s’attachant souvent à de faux rêves qui ont perturbé l’opinion publique à travers un univers numérique dépourvu de toute protection contre les trolls, les valeurs nocives et les revendications de solutions faciles aux problèmes endémiques et persistants de l’État et de la société.

Le large soutien à Le Pen montre que le style politique populiste et d’extrême droite est passé de la partie marginale au courant dominant français. Cette figure pourrait se présenter à nouveau au sein du Parlement français lors des élections législatives de juin, ce qui menace de perturber tout plan que Macron pourrait avoir pour redresser et reconstruire lors de son second mandat une France divisée et polarisée.

Globalement, le style de populisme de Donald Trump pourrait être mis en échec pour l’instant, la question étant de savoir pour combien de temps, sachant que les facteurs qui ont conduit à son émergence sont toujours en place. Ceux-ci incluent les mauvais résultats économiques des principales économies, qui ont été entachés par la pandémie de la Covid-19 et maintenant par la guerre en Ukraine, laquelle pourrait entraîner le monde davantage encore dans le rouge, avec un coût de la vie plus élevé rendant tous les plans de sauvetage et les injections financières quasiment superflus.

En outre, l’érosion de la confiance du public dans la politique continue de sévir dans toutes les sociétés, soulevant de nouvelles questions sur l’avantage de faire confiance à une classe politique traditionnelle qui a mis tous ses œufs dans le panier du secteur des entreprises. À cela s’ajoute un scepticisme croissant à l’égard des valeurs de la mondialisation, qui se sont manifestées pour un grand nombre comme un moyen d’attirer plus de migrants, en plus «d’autres» facteurs par lesquels ils sont davantage concernés, renforçant les préjugés humains fondamentaux qui frôlent l’intolérance et le racisme.

Dans un tel contexte, Macron aurait commencé à faire campagne hier pour ressusciter les partis traditionnels dans le but de cimenter une majorité parlementaire qui lui permettra de renforcer le «barrage» – un terme utilisé en France pour désigner les efforts de tous, à gauche comme à droite, pour empêcher l’extrême droite d’accéder au pouvoir. Il est crucial que Macron réussisse si la France veut d’une part surfer avec succès sur la vague de la politique populiste et, d’autre part, se montrer plus intégrative et capable de surmonter la perte de confiance dans les courants politiques majeurs. Le pays ne veut pas se réveiller dans cinq ans avec plus de candidats toxiques essayant de frapper aux portes de l’Élysée.

Le populisme pourrait être la forme la plus élémentaire de protestation contre la classe dirigeante. Il s’agit principalement d’un sentiment émotionnel d’injustice à la suite d’épreuves qui ont touché des personnes ou des groupes en raison d’un mélange de sentiment d’aliénation économique, de marginalisation sociale, d’un sentiment accru d’anxiété culturelle, de la peur de l’autre (comme les migrants ou les groupes religieux ou ethniques) et le faux sentiment que la mondialisation a détruit les possibilités d’emploi locales. Des personnalités comme Le Pen se sont posées en sauveurs nationalistes du royaume, utilisant un discours creux et des vérités déformées pour répondre aux craintes les plus élémentaires concernant les migrants, les politiciens des partis traditionnels ou le reste du monde, tout en proposant peu ou pas de politiques valables susceptibles de dynamiser la stagnation économique, de contrôler l’inflation, d’améliorer les soins de santé ou de réduire le chômage, pour ne citer que quelques-uns des éternels défis auxquels sont confrontés les États et les sociétés aujourd’hui.

Faisant campagne en ayant à l’esprit tout ce qui précède, Le Pen – transmettant le discours de personnalités similaires comme Nigel Farage et Boris Johnson au Royaume-Uni et Trump aux États-Unis – a promis de poursuivre le combat pour donner la «priorité à la France». Elle a adouci sa position par rapport à l’approche antisémite et anti-islamique de l’ancien Front national. Le Pen a minimisé ses appels à interdire le hijab en public, mais s’est engagée à mettre fin à certaines prestations sociales pour les étrangers et à expulser ceux qui n’ont pas travaillé depuis un an.

Tout cela met en avant les difficultés auxquelles le président Macron sera confronté au cours de son deuxième mandat. Il aura une montagne à gravir pour trouver des réponses, grâce à des politiques bien conçues qui répondent aux aspirations d’une société polarisée. On pourrait même affirmer qu’un ralentissement économique et quelques promesses non tenues feront en sorte que l’extrême droite gagnera davantage de soutien, car les Français vivent dans une société plus instable depuis que Macron et Le Pen ont neutralisé la structure politique normale de la gauche et de la droite.

L’Europe s’est précipitée afin de féliciter Macron pour sa victoire, mais le projet européen sera confronté à des problèmes. Par conséquent, je m’attends à voir de mauvaises perspectives à long terme pour la France et la démocratie occidentale dans son ensemble, à moins que les gouvernements ne reconnaissent de toute urgence que le succès économique n’est peut-être plus le seul aspect de la politique qui importe aux électeurs. Des sujets tels que la justice sociale, l’environnement et les questions de race, de religion et de genre, doivent recevoir plus d’attention si la France, l’UE et le monde occidental veulent survivre à l’approche sectaire et au discours conflictuel et vide de la plupart des mantras populistes, qui tourmentent les populations et les font marcher comme des somnambules vers des temps difficiles.

Par Mohamed Chebaro est un journaliste libano-britannique