6 juillet 2022
Tensions entre la RD Congo et le Rwanda

Président congolais Felix Tshisekedi / Président rwandais Paul Kagame , GETTY IMAGES

Tensions entre la RD Congo et le Rwanda

Les tensions continuent de s’accroître entre les deux pays à la suite de nouveaux affrontements entre les rebelles du Mouvement du 23 Mars, M23, et l’armée congolaise qui ont déplacé des dizaines de milliers de personnes à l’est du Congo.

Visiblement, ce dernier pic de tension est dû aux allégations du Congo selon lesquelles le Rwanda soutiendrait les rebelles du M23.

Le président congolais Felix Tshisekedi leur a fait écho le 18 juin devant son conseil des ministres en déclarant que la RDC fait face à “une agression de la part du Rwanda, agissant sous couvert du M23.”

Le Rwanda et le M23 rejettent ces accusations.

“Faire ces accusations, c’est tout simplement fuir ses responsabilités en tant que président de ce pays”, a déclaré le président rwandais Paul Kagame, rapporte l’agence de presse Bloomberg, citant une interview au Forum économique du Qatar, Powered by Bloomberg.

Mais les événements de ces dernières semaines sont loin d’être le début de l’histoire.

La question des ”congolais rwandophones”

On appelle ”congolais rwandophones” les populations d’expression rwandaise que les frontières coloniales ont placées du côté de l’Etat Indépendant du Congo en 1885.

Elles ont acquis la nationalité congolaise à l’accession du pays à l’indépendance en 1960.

Douze ans plus tard, le président Mobutu Sese Seko signe un décret de naturalisation collective de tous les rwandais vivant au Zaïre.

Mais cette mesure sera abrogée en 1981, car contestée par les populations locales.

”Sous le président Mobutu, ces rwandophones ont bénéficié de politiques d’inclusion et de citoyenneté au Congo”, rappelle le Dr. Eric Ndushabandi avant de renchérir : ”Ils étudiaient, vivaient sur leurs terres et jouissaient de tous les droits.’

Cependant, les tensions liées à la discrimination et à l’exclusion des groupes au Rwanda ne tardent pas à s’exporter sur le territoire congolais.

Le Congo s’est ainsi retrouvé à héberger des réfugiés Tutsi qui avaient fuient les violences ethniques de la révolution rwandaise en 1959, les civils rwandais qui avaient fui le génocide de 1994 et des militaires Hutu qui fuyaient l’avancée des troupes Tutsi du Front Patriotique Rwandais, FPR.

”L’incapacité des autorités congolaises à séparer les réfugiés civils des militaires et à gérer cette crise a créé une situation complexe dont les conséquences se ressentent jusqu’à nos jours”, explique Eric Ndushabandi.

La ”congolité” ou l’identité congolaise des ”communautés rwandophones” est souvent remise en question par d’autres communautés.

Cette constante remise en question a été à l’origine de plusieurs conflits armés dans l’Est de la RDC.

”Les rwandais, plus particulièrement les Tutsi, n’ont jamais été accepté ici”, reconnait le Professeur Jean Kambayi Bwatshia. Selon lui, c’est plutôt un problème d’antagonisme Hutu-Tutsi qui doit être résolu au Rwanda et non au Congo.

”Tant qu’on aura pas résolu ce problème, les congolais réagiront toujours devant la présence Tutsi comme devant une menace”, ajoute-il.

Des milices qui prétendent défendre les intérêts des différentes parties s’affrontent régulièrement, causant des morts civils et des déplacements forcés.

La lutte contre la discrimination et la persécution des rwandophones Tutsi congolais figurait dans le cahier de charges des rebellions comme l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) qui avait renversé le Général Mobutu, le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) et aujourd’hui le M23.

En RDC, ces groupes sont perçu comme le bras armé du pouvoir de Kigali pour garder une influence sur les affaires internes du Congo, surtout sur la partie Est.

Le Rwanda a plusieurs fois nié tout lien avec ces groupes armés, sauf pour le cas de l’AFDL, dirigée à l’époque par Laurent Désiré Kabila.

La présence des FDLR au Congo, que le Rwanda considère comme une menace

Le groupe rebelle Forces Démocratiques de Libération du Rwanda, FDLR en sigle, a été créé au début des années 2000 par des anciens militaires du régime Hutu rwandais de Juvénal Habyarimana.

Vaincus militairement par les troupes du Front Patriotique Rwandais, dirigés par l’actuel président rwandais Paul Kagame, des soldats de l’armée rwandaise se sont réfugiés à l’Est de la RDC en 1994.

Les FDLR sont accusés d’avoir contribué à la conception et à l’exécution du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda la même année, peu avant leur débâcle.

L’ONU et des organisations de défense des droits humains les accusent également d’avoir mené plusieurs attaques contre des civils congolais en provinces du Nord et Sud Kivu ces dernières décennies.

GETTY IMAGES

Selon le Groupe d’Etude sur le Congo, c’est le plus grand groupe armé actif en RDC du point de vu nombre des combattants et de la superficie contrôlée. Des chercheurs estiment les combattants FDLR entre 1 000 et 2 500.

Même si les FDLR n’ont pas mené d’attaque majeure contre le Rwanda depuis 2001, celui-ci les considère toujours comme une menace pour sa sécurité.

Malgré des opérations militaires de traque visant ce groupe, il a réussi à se morfondre dans les forêts de la zone sous son contrôle et assurer ainsi sa survie.

Plusieurs de ses membres ont adhéré au processus de démobilisation et de réintégration social dans leur pays d’origine, le Rwanda. D’autres, disent craindre des représailles en raison de leur opinion politique ou une chasse aux sorcières à cause de leur passé.

Le Rwanda accuse souvent l’armée congolaise de collaborer avec le groupe Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) dans des opérations militaires.

Les autorités de Kinshasa rejettent catégoriquement ces accusations.

Le porte-parole des FDLR n’était pas immédiatement disponible pour faire des commentaires.

L’implication présumée de ressortissants rwandais dans le Mouvement du 23 Mars (M23)

Pour comprendre le M23, il faut remonter au CNDP, le Congrès National pour la Défense du Peuple.

Entre 2006 et 2009, ce groupe armé avait réussi à déloger l’armée congolaise de plusieurs agglomérations de la province du Nord Kivu.

Le 23 Mars 2009, sous la facilitation internationale, le gouvernement congolais et le CNDP signent un accord qui prévoit, entre autres, le retour des réfugiés congolais vivant dans les pays voisins et la lutte contre la xénophobie dont sont victimes les ”congolais rwandophones.”

Mais en avril 2012, des anciens combattants du CNDP intégrés dans l’armée congolaise se mutinent et créent le M23.

Leur objectif : réclamer l’application des accords du 23 Mars 2009.

A son apogée en 2013, le groupe prendra le contrôle de la ville de Goma, capitale du Nord Kivu. Mais il sera défait militairement un an après sa création.

L’exploitation et le trafic illégal de minerais

La RDC est l’un des pays les plus riches du monde en sol et sous-sol.

Depuis des années, les rapports du Groupe d’Experts de l’ONU dénoncent le trafic illégal de ressources du Congo vers des pays voisins, notamment le Rwanda et l’Ouganda.

A titre d’exemple, dans son rapport de mi-parcours daté de Décembre 2020, le groupe d’experts de l’ONU a indiqué que des réseaux criminels ont été impliqués dans le trafic de l’étain, du coltan et tungstène provenant de sites miniers sous occupation de groupes armés.

REUTERS

Le coltan a été le plus confisqué des trois minéraux à la frontière entre la République démocratique du Congo et le Rwanda entre janvier et septembre 2020, selon le groupe d’experts de l’ONU.

En juin 2021, les gouvernements congolais et rwandais ont signé un accord de complémentarité de la chaine d’exploitation de l’or.

Cela veut dire que l’or exploité dans l’Est de la RDC pourra être raffinée au Rwanda suivant un circuit officiel. Il s’agit pour les deux pays de couper aux groupes armés l’une de leurs sources de financement.

Avant cela, en mi-2010, le congrès américain avait passé le Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act exigeant entre autres aux grandes entreprises de technologie basées aux USA de déclarer l’origine de leurs minerais.

L’idée était de mettre en place un système de traçabilité pour s’assurer que ces entreprises n’achètent pas de minerais qui financent l’activisme des groupes armés, aussi appelées les minerais de sang.

Dans son tout dernier rapport publié en avril 2022, l’ONG Global Witness rapporte que certains minerais en provenance des mines non certifiées ont été introduits dans la chaine d’approvisionnement pour être vendues aux grandes entreprises de technologie.

Des citoyens congolais et des chercheurs soupçonnent le Rwanda d’encourager l’instabilité dans cette zone géographique pour affaiblir la capacité du gouvernement congolais à y contrôler le trafic des ressources naturelles (minerais, faune et flore).

Le Rwanda a toujours rejeté ces accusations et réaffirmé son engagement aux mécanismes régionaux de lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Par Gaius Kowene BBC News Afrique