29 septembre 2022
Revirement allemand sur le Sahara occidental

La cheffe de la diplomatie allemande au Maroc

Revirement allemand sur le Sahara occidental

Diplomatie  : Nouveau départ dans les relations entre l’Allemagne et le Maroc mais aussi tournant dans la position de l’Allemagne sur le Sahara occidental : Berlin soutient désormais le plan d’autonomie proposé par le Maroc depuis 2007. 

“La position allemande et européenne sur le conflit du Sahara occidental a toujours été de miser sur le processus de négociation mené par les Nations unies. Nous pensons qu’il s’agit du cadre le plus approprié et le plus prometteur pour parvenir à des solutions politiques justes, durables et acceptables pour toutes les parties. Le plan d’autonomie marocain de 2007 peut également constituer une bonne base.”

Annalena Baerbock était en visite à Rabat, la semaine dernière. La cheffe de la diplomatie allemande était en mission de réconciliation au Maroc. Une mission manifestement accomplie : Annalena Baerbock a clarifié la nouvelle position de l’Allemagne sur la question du Sahara occidental. Et cette position est radicalement différente de celle du précédent gouvernement d’Angela Merkel, comme le souligne Werner Ruf, ancien professeur en relations internationales à l’université de Kassel.

“C’est un changement radical de la position de l’Allemagne. Avant, c’était toujours le conseil de sécurité, maintenant c’est le plan d’autonomie, un plan qui n’est rien d’autre que l’acceptation de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.”

Le plan dont il est question est une proposition faite par le Maroc en 2007 alors que l’ONU tentait depuis plus de 25 ans  – et tente d’ailleurs toujours – d’organiser un référendum d’autodétermination au Sahara occidental.

Les pays occidentaux ont longtemps refusé de considérer comme une solution ce que Rabat présente comme un compromis “gagnant-gagnant”. Un compromis qu’explique Mohammed Masbah, président de l’Institut marocain d’analyse des politiques publiques: 

“Le plan d’autonomie est axé sur deux idées principales: donner un maximum de droits à la région, avec toutes les composantes de la gestion et de l’autonomie, sauf les éléments de souveraineté que sont la monnaie, le passeport et la sécurité. A part ça, la gestion des ressources naturelles, politiques, c’est comme un système fédéral, mais plus avancé.”

Un an et demi de brouille diplomatique

Les Etats-Unis ont reconnu fin 2020 ce plan comme une solution “crédible” et “réaliste” pour mettre fin au conflit qui oppose Rabat aux indépendantistes du Front Polisario, en contrepartie de la reconnaissance de l’Etat d’Israël par le Maroc.

victoire diplomatique pour le Maroc

La Russie a évoqué une décision qui “sort complètement du cadre du droit international”. Pour Paris, “le conflit au Sahara occidental n’a que trop duré”.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a pour sa part fait savoir que sa position restait “inchangée” sur le Sahara occidental et que “la solution à cette question peut toujours être trouvée sur la base des résolutions du Conseil de sécurité”.

“La perception du Maroc est qu’il a un droit historique dans cette région, comme héritage de l’occupation espagnole. Même dans le droit international c’est plus compliqué. Avec le plan d’autonomie, le Maroc pense que c’est la meilleure solution pour les Sahraouis de gérer leurs affaires comme ils le veulent, mais en même temps sous la souveraineté du Maroc.”

Werner Ruf, quant à lui, n’est pas optimiste sur la suite des événements dans la région du Sahara occidental.

“Je pense que pour les indépendantistes et la majorité du peuple sahraoui, cette décision est une catastrophe. Et cela va être un foyer de crise car les Sahraouis ne vont pas se laisser faire, alors que les pays occidentaux pourraient faire des contrats avec un Etat sahraoui indépendant et libre pour avoir des ressources qui sont tellement importantes.”

L’ancien professeur en relations internationales critique également la facilité avec laquelle la ministre allemande des Affaires étrangères ferme les yeux sur les violations des droits de l’homme commises au Sahara occidental mais aussi à Ceuta.

SOURCE dw