10 août 2022

Ousmane Sonko

Législatives au Sénégal : plus de majorité absolue pour le président Macky Sall

RÉSULTATS. Après une attente sous tension, les urnes ont livré leur verdict. Le camp présidentiel va devoir compter avec une opposition renforcée.

Après que chaque camp ait revendiqué la victoire dès la fin du vote des législatives le 31 juillet dernier, les résultats ont été rendus publics par la Commission nationale de recensement des votes (CNRV) ce jeudi. Comme les premiers chiffres le laissaient penser le camp du président Macky Sall autour de la coalition Benno Bokk Yaakar a perdu la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Cela ne signifie pas qu’elle a perdu les élections. Elle devance d’une très courte tête les autres coalitions.

Les coalitions au coude à coude

Concrètement, la coalition présidentielle a gagné 82 sièges de députés tandis que les principales coalitions d’opposition, à savoir « Yewwi Askan Wi » et « Wallu Sénégal », ont remporté respectivement 56 et 24 sièges, soit 80 au total. « Trois autres députés sont issus des rangs de trois autres petites coalitions de partis », a déclaré Ciré Ali Ba, président de la CNRV. De quoi ouvrir un chapitre inédit de la vie politique et institutionnelle du Sénégal. 

Au Sénégal, la commission nationale de recensement des votes a donné les résultats provisoires des législatives, jeudi. La coalition présidentielle y a laissé des plumes même si elle arrive en tête du scrutin.

Une situation inédite…

Pour la première fois depuis l’indépendance du Sénégal en 1960, la formation au pouvoir perd la majorité absolue et devra s’appuyer sur d’autres forces au Parlement pour faire passer ses lois. Ainsi la coalition du président Macky Sall, qui passe de 125 députés en 2017 à 82, sur les 165 que compte l’Assemblée, va devoir compter avec une opposition qui a confirmé sa dynamique déjà initiée lors des élections locales de janvier, notamment dans certaines grandes villes. Celle-ci récupère donc 80 sièges de députés au total : 56 pour la coalition « Yewwi Askan Wi » et 24 pour celle de « Wallu Sénégal ». « Yewwi Askan Wi » (Libérer le Peuple en wolof), la principale coalition de l’opposition, formée autour d’Ousmane Sonko, arrivé troisième de la présidentielle de 2019, s’est alliée pour les élections à la coalition « Wallu Sénégal » (Sauver le Sénégal en wolof), dirigée par l’ex-président Abdoulaye Wade, élu député ce jeudi à l’âge de 96 ans. Les chiffres définitifs devraient être publiés par le Conseil constitutionnel dans un délai de cinq jours s’il n’y a pas de recours.

… qui aura une répercussion sur l’évolution avant la présidentielle de 2024

Ces résultats pourraient convaincre le président de la République, désavoué par les urnes, de renoncer au projet qui lui est prêté de se représenter à la présidentielle de 2024, disent experts et observateurs. Le président Macky Sall, élu en 2012 pour sept ans et réélu en 2019 pour cinq ans, avait maintenu le flou sur ses intentions. Il a promis qu’il nommerait un Premier ministre – poste qu’il avait supprimé en 2019 puis rétabli en décembre 2021 – au sein de la formation victorieuse des élections.

Un véritable vote-sanction 

« La coalition au pouvoir est à bout de souffle. La cherté des denrées, le renchérissement du prix de l’eau, les pratiques autoritaires autour des manifestations suivies de morts expliquent ce vote-sanction contre le président », a souligné à l’AFP l’analyste politique Maurice Soudieck Dione. « La question du 3e mandat a été réglée définitivement par le peuple sénégalais le jour des élections. Avec ce Parlement, Macky Sall n’a plus la possibilité de modifier la Constitution qui n’autorise à renouveler le mandat du président qu’une seule fois », a également rappelé à l’AFP Ngouda Mboup, constitutionnaliste.

Par Le Point Afrique