27 novembre 2021
Alpha Condé lors d'un meeting de campagne à Kissidougou

Le dictateur Alpha Condé encensé, le « putschiste » Mamady Doumbouya condamné

Alors qu’elle n’a rien fait face à la dérive autoritaire du président Alpha Condé, auteur d’un coup d’Etat constitutionnel en 2020, la communauté internationale condamne unanimement la prise du pouvoir salutaire des militaires guinéens. Une duplicité totale

Depuis plusieurs mois, nombre d’observateurs de la vie politique guinéenne faisaient l’hypothèse que la descente aux enfers dans laquelle le président Alpha Condé, 83 ans, a entraîné son pays s’achève par une guerre civile ou un coup d’Etat militaire. C’est donc finalement l’option la moins mauvaise qui s’est produite ,dimanche, avec le putsch perpétré par le Groupe des forces spéciales dirigé par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya.

Au prétexte de la « non-ingérence » dans les affaires intérieures de la Guinée, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, l’Union africaine, les Nations unies et les partenaires bilatéraux de la Guinée ont regardé avec indifférence et même encouragé dans le cas de la Russie la folle ambition du président Alpha Condé de se maintenir à tout prix au pouvoir, au terme de ses deux mandats de cinq ans autorisés par la Constitution. En Guinée, personne n’a le souvenir d’avoir entendu les voix qui s’égosillent aujourd’hui pour condamner le coup d’Etat lorsque Alpha Condé a ouvert le chantier de la rédaction d’une nouvelle Constitution. 

La nouvelle Constitution d’Alpha Condé était une autre forme de coup d’Etat  

 En réalité, cette nouvelle Constitution était une autre forme de coup d’Etat puisque le seul but de l’exercice était de lui permettre de briguer un troisième mandat. Là-bas, personne ne se souvient d’avoir entendu des protestations vigoureuses lorsque le président renversé s’est octroyé la victoire à la présidentielle de 2020 au prix de la mort des dizaines de ses compatriotes. Les Guinéennes disent ne pas avoir entendu les mêmes qui défendent aujourd’hui l’ordre « constitutionnel », version Alpha Condé, lorsque des centaines d’opposants ont été jetés en prison, au lendemain de la présidentielle de 2020.

Pas moins de quatre opposants guinéens sont morts en prison, faute de soins, entre décembre 2020 et juillet 2021 alors des centaines d’autres attendent d’être jugés dans les cellules exiguës et insalubres. Leur sort n’a trouvé aucun écho auprès de la CEDEAO, de l’Union africaine ou des Nations unies. Seules les ONG de défense des droits de l’homme s’en sont émues.

Connu pour son tempérament volcanique, Alpha Condé ne cachait même pas les pratiques autoritaires de son régime  

Convaincu de l’impuissance de cette communauté internationale, qui retrouve soudain sa vivacité après le coup d’Etat, Alpha Condé s’était lancé dans une dérive autoritaire dès le début de son troisième mandat. A Conakry, le siège de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UDFG), principale force d’opposition, est occupé depuis des mois par les forces de sécurité, sans aucun mandat légal.

Le chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, s’était vu interdire de sortir du territoire national, Sidya Touré(UFR) aussi s’était vu interdire de sortir du territoire national après une descente musclée à son domicile nuitamment sans doute pour le kidnapper par la seule volonté du président renversé.

Dans la Guinée d’Alpha Condé, ni l’UFDG, ni M. Diallo n’ont pu solliciter une intervention de la justice, celle-ci étant aux ordres. Le président renversé était à la fois l’enquêteur, le procureur et le juge.

Connu pour son tempérament volcanique, Alpha Condé ne cachait même pas les pratiques autoritaires de son régime. Les organisations panafricaines, les Nations unies et les partenaires bilatéraux de la Guinée le savaient très largement. Tous ont donc laissé faire sans bouger le petit doigt. Les Guinéens estiment qu’ils ne sont donc pas légitimes aujourd’hui pour condamner une situation qui aurait pu être évitée à leur pays, si cette même communauté internationale n’avait pas été sourde et aveugle.  

Par Francis Sahel mondafrique