6 juillet 2022
Homophobie le révélateur Gueye

HOMOPHOBIE : LE RÉVÉLATEUR GUEYE

Idrissa Gueye, milieu du PSG, n’aurait pas joué samedi soir contre Montpellier afin d’éviter de porter un maillot au flocage arc-en-ciel en soutien aux droits LGBT. Cette décision, si elle était confirmée, illustrerait toutes les difficultés de la lutte contre l’homophobie dans le sport, et les limites des seules opérations de communication pour se donner bonne conscience.

Depuis 2019, la LFP a instauré, lors des rencontres au plus près de la journée mondiale de la lutte contre l’homophobie le 17 mai, le port d’un flocage arc-en-ciel. Cette initiative visait sûrement à rattraper le long retard du foot pro sur cette question, pour rester poli. En 2021, le milieu sénégalais du PSG, Idrissa Gueye, s’était déjà fait porter pâle au prétexte d’une opportune gastro. Rebelote cette année : le milieu de terrain n’était pas dans le groupe pour disputer le match face à Montpellier samedi dernier. Musulman pratiquant, ses convictions religieuses sont mises en avant pour expliquer son choix de ne pas revêtir le fameux maillot spécial. Les répercussions que cette démarche pourrait déclencher aux yeux de ses compatriotes au Sénégal sont aussi évoquées. Un joli cocktail qui ouvre un champ terrible de débats, d’invectives et de lâcher de trolls sur les réseaux sociaux.

En retour, des associations de lutte contre l’homophobie et désormais des politiciens demandent au PSG des sanctions contre le récalcitrant. Le joueur concerné, par son profil, son statut et son club, insuffle un écho particulier à une décision individuelle (qu’il a tenté, en témoigne le silence de son entourage, de garder pour lui). Idrissa Gana Gueye évolue dans la plus grande équipe française et l’une des plus grosses écuries européennes, qui plus est propriété du Qatar. Ce dernier va organiser la prochaine Coupe du monde en novembre. Or la question LGBT constitue un des angles d’attaque (y compris de la part de la présidente de la Fédération norvégienne lors du Congrès de la FIFA à Doha) contre ce Mondial atypique (des hôtels refuseraient les couples gays, la demande adressée aux supporters LGBT de rester « discrets » , etc.).

Gazon maudit

Le foot n’a toujours pas résolu son problème avec l’homosexualité. D’ailleurs, il n’y a pas besoin d’aller trop loin pour en prendre conscience. Lors du dernier Euro, les droits LGBT avaient provoqué une quasi-crise diplomatique entre l’Allemagne et la Hongrie de Viktor Orbán, qui venait de voter des lois homophobes. L’UEFA avait préféré détourner les yeux des agissements populistes du dirigeant hongrois et de sa conception très fermée de l’amour chrétien du prochain. Les associations et ONG de défense des droits LGBT ciblent à ce propos de plus en plus le foot comme un bastion à faire tomber, après l’avoir longtemps ignoré. En France, le débat a plutôt rebondi sur les chants des supporters. On se souvient de la réaction de la ministre des Sports après un certain PSG-OM en 2019, les insultes provenant des gradins permettant au foot français de s’acheter une bonne conscience à peu de frais.

Valérie Pécresse veut sanctionner Idrissa Gueye

« On pouvait être contre le mariage gay en 2012 et ne pas être homophobe. » Valérie Pécresse, février 2022.

Pourtant présente dans les manifestations contre le mariage pour tous en 2012, Valérie Pécresse charge sévèrement le choix d’Idrissa Gueye.

Le foot n’a pas de genre

En fait, rien ne bouge, quel que soit le niveau. Les rares clubs LGBT dans le foot amateur (Paris Arc-en-Ciel par exemple) ne dissimulent pas le fait qu’il reste toujours quasi impossible ou impensable pour un joueur d’effectuer son coming out. Chez les pros, la situation s’avère encore davantage ubuesque. Le port des couleurs LGBT une fois par an, quelques spots diffusés pour la circonstance, ne peuvent naturellement qu’être salués. Il n’en demeure pas moins que parmi les 1300 pros en activité actuellement, aucun n’est « officiellement » gay. Une situation qui résulte de la pression conjuguée des directions, des sponsors, de l’entourage, des agents, sans parler de la peur de la réaction du public. Renverser la table demandera au préalable un travail de fond, plus conséquent que quelques vignettes balancées sur Twitter et des indignations plus profondes et systématiques que devant le refus d’un joueur.

PAR NICOLAS KSSIS-MARTOV sofoot