29 septembre 2022
Mamadi Doumbouya le président de la transition de Guinée

Mamadi Doumbouya, le président de la transition de Guinée. © RFI

Guinée: un an après le coup d’État, le bilan mitigé du président de la Ligue des droits de l’homme

Inteview du président de la Ligue des droits de l’homme en Guinée.

En Guinée, ce lundi 5 septembre est le jour anniversaire du coup d’État militaire qui a chassé du pouvoir le président Alpha Condé. Depuis un an, le pays est dirigé par les militaires du CNRD, le Comité national de rassemblement et du développement, avec à sa tête le colonel Mamadi Doumbouya. Quel bilan portent les Guinéens sur cette première année de transition militaire ? Maître Emmanuel Bamba préside la LIGUIDHO, la Ligue guinéenne des droits de l’homme. Il demande un dialogue inclusif, ce qui veut dire la libération des prisonniers et le retour des exilés…

RFI: Quel regard portez-vous sur la Guinée, un an après l’arrivée au pouvoir des militaires du CNRD ?

Maître Emmanuel Bamba: Le regard est mitigé, en tout cas du point de vue des droits de l’Homme. Les points positifs, c’est que depuis l’arrivée du CNRD au pouvoir, on a constaté la mise en place de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF, NDLR), ce que tous les Guinéens demandaient à tout moment puisque la République de Guinée regorge de tant de ressources naturelles, qui apportent à la Guinée des milliards de francs guinéens, pourquoi pas même de dollars, mais ces fonds étaient détournés par ceux qui étaient censés diriger le pays.

Et le séjour d’Alpha Condé à l’étranger, en Turquie, vous en pensez quoi ?

Nous pensons que Monsieur Alpha Condé ne pourra que prendre un petit temps de repos, et le moment venu, il devra répondre de ses actes devant le tribunal compétent en la matière, parce qu’il y a eu des crimes de sang, il y a eu des crimes économiques, nous pensons que ces crimes ne doivent pas rester impunis dans notre pays.

Vous dites qu’il y a aussi des points négatifs ?

Oui, il y a eu des points négatifs, parce que le CNRD a systématiquement confisqué le droit de manifestation pacifique sur toute l’étendue du territoire national pendant tout le temps qu’il sera là, et nous pensons que le droit de manifestation est un droit fondamental, donc pour nous, c’est une violation inacceptable des droits de l’Homme.

Du temps d’Alpha Condé, les manifestations de l’opposition étaient réprimées dans le sang, qu’en est-il aujourd’hui ?

Aujourd’hui, nous pensons que les nouvelles autorités devraient faire ouvrir des enquêtes. Dans beaucoup de manifestations, des agents des forces de l’ordre ont violé les droits de l’Homme. Du côté des manifestants, il y a des gens également qui ont engagé leur responsabilité pénale en caillassant, en détruisant, ils doivent également répondre parce qu’au niveau de la justice, c’est l’équité, c’est l’égalité devant la loi.

Et qu’en est-il du procès que tout le monde attend depuis le massacre du 28 septembre 2009 ?

Là, également, l’actuel ministre de la Justice est en train de mettre un coup d’accélérateur sur le dossier, et nous pensons que le délai du 5 ou 6 septembre promis pour qu’il y ait beaucoup d’avancées en matière de préparation de ce procès-là, nous pensons que ce procès va se tenir finalement dans les semaines à venir pour que les bourreaux puissent répondre de leurs actes.

Sur le plan politique, le chef du CNRD, le colonel Mamadi Doumbouya, a annoncé que la transition durerait trois ans, le temps de refonder l’État et de rédiger une nouvelle Constitution, qu’est-ce que vous en pensez ?

Nous pensons que le CNT, le Conseil national de la transition, en tant qu’organe de la transition, ne devrait pas être le seul qui puisse élaborer la nouvelle Constitution. Nous, nous avons recommandé que la nouvelle Constitution, dans son processus de rédaction, d’adoption, qu’il y ait une inclusion et une participation de toutes les forces vives de la nation.

Mais pensez-vous que pendant cette transition le dialogue pourra être inclusif si un certain nombre d’opposants ou de membres de la société civile sont en exil ou en prison ?

Évidemment, c’est à ce niveau qu’il faudra faire des compromis, pour réunir autour d’une table tous les acteurs de ce conflit. C’est pourquoi je disais qu’il faut permettre à ceux qui sont en exil, si c’est un exil forcé ou un exil volontaire, de pouvoir rentrer parce que nous sommes en Guinée, certains se sont exilés volontairement, d’autres l’ont fait contre leur gré. Donc faciliter le retour de ces filles et fils sur le sol guinéen, afin que le dialogue qui va se dérouler puisse être inclusif et participatif.

Et si les leaders du FNDC (Front national pour la défense de la Constitution, NDLR) sont en prison, est-ce que le dialogue pourra être inclusif ?

Non, c’est pourquoi je disais qu’il faut créer un climat favorable de retour de tout le monde autour d’une table, que ce soit la libération de nos collègues en prison, que ce soit la création de conditions favorables au retour de ceux qui sont en exil, pour que l’agenda de cette transition puisse aboutir à des élections transparentes et crédibles dont les résultats vont être acceptés par tous.

Inteview réalisé Par :Christophe Boisbouvier RFI