29 septembre 2022

Entretien avec Cellou Dalein Diallo, ancien Premier ministre de Guinée et président de l’UFDG (opposition).

De passage en Allemagne, l’ancien Premier ministre de Guinée s’est entretenu avec Eric Topona.

“Je condamne autant la junte que les dérives d’Alpha Condé” (Cellou Dalein Diallo, UFDG)

Au menu de cet entretien :  le premier anniversaire de la chute du président Alpha Condé et la prise du pouvoir par les militaires, ses démêlés judiciaires, les violations des droits de l’Homme et restrictions de l’espace des libertés publiques en Guinée et les chances de succès de la médiation confiée à l’ancien président béninois Thomas Boni Yayi par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

Bonjour Cellou Dalein Diallo.

Bonjour.


Vous séjournez depuis quelques jours en Allemagne. Quel est l’objet de ce séjour?

Je suis venu répondre à l’invitation de mes militants. Je les ai rencontrés samedi et j’ai tenu un meeting géant pour leur expliquer la situation qui prévaut en Guinée et leur demander de s’armer de courage et de détermination pour qu’on continue notre combat pour l’instauration dans notre pays d’une démocratie véritable et d’un Etat de droit.

Le lundi 5 septembre dernier, la junte militaire qui a renversé il y a tout juste un an le président Alpha Condé a fêté son premier anniversaire à la tête du pays. Quel bilan tirez-vous de cette première année ?

Alpha Condé exerçait un troisième mandat illégal et illégitime. Un mandat qu’il a acquis à la suite d’un coup d’Etat constitutionnel le 22 mars 2021. Il a changé la constitution à l’aide d’un hold up électoral le 18 octobre, parce qu’il a organisé une élection à laquelle j’ai participé… et j’ai gagné dès le premier tour cette élection. Donc, je dois avouer qu’on était plutôt satisfaits [au moment du putsch] puisque le pays était déjà dans un régime d’exception.

Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), dont vous êtes l’un des membres fondateurs, a été récemment dissous par les militaires et dans le même temps, plusieurs anciens membres du gouvernement proche d’Alpha Condé sont détenus à Conakry. Est-ce que vous ne regrettez pas justement l’ère d’Alpha Condé?

Non, non, je ne peux pas regretter l’ère Alpha Condé. Je déplore et condamne, fait que les restrictions de liberté et des décisions contraires à l’Etat de droit violent les règles et les principes de l’Etat de droit et de la démocratie.

Je les condamne autant que je condamne les dérives d’Alpha Condé. Mais je ne peux pas regretter Alpha Condé.

Je peux peut-être d’avoir appuyé, applaudi et soutenu la junte. Mais aujourd’hui, je déplore l’instrumentalisation de la justice, l’interdiction de manifester ou la dissolution des associations comme le FNDC. Je n’étais plus membre du FNDC, dont j’ai été exclu en 2020 à la suite de ma participation à l’élection présidentielle.

Cellou Dalein Diallo, vous êtes visé par une enquête de la Cour de répression des infractions économiques et financières, la Crief, sur des infractions qui auraient été commises lors de la vente de deux avions et autres biens de la défunte compagnie nationale Air Guinée, alors en faillite. Vous étiez à l’époque ministre des Transports de Lansana Conté.

Bien sûr. Mais avant, il y a eu mon logement que j’ai acquis en toute légalité avec un emprunt contracté avec la banque. On m’a exproprié, on a réduit ma propriété, ma maison en poussière alors que j’avais le titre foncier, tous les documents qui mettaient en évidence ma pleine propriété sur le bâtiment. Ensuite, maintenant, on est allé exhumer un dossier vieux de 20 ans où on m’a attribué des infractions que je n’ai jamais commises.

Votre domicile de Conakry a été récemment rasé en début d’année et une école moderne est même en train d’être construite sur les ruines de cette ancienne résidence qui appartiendrait au patrimoine de l’Etat, selon la junte militaire au pouvoir. Info ou intox?

C’est faux, c’est de l’intox. Ils ont voulu ruiner ma réputation, ma bonne réputation, mon intégrité qui a été mise en évidence pendant l’exercice de hautes fonctions m’ont été confiées. Tout le monde sait que je ne suis pas un homme d’argent, je suis un homme d’honneur.

Naturellement, la junte a voulu détruire cette bonne réputation en faisant comprendre aux Guinéens que je m’étais emparé d’une maison qui appartenait à l’Etat ou que j’ai encaissé le produit de la vente que j’ai détourné… tout cela n’a rien à voir avec la réalité.

Juste après avoir refusé pour une énième fois de déférer à cette convocation, la Cour de répression des infractions économiques et financières, la Crief, a menacé d’emettre contre vous un mandat d’arrêt international. Est-ce que vous n’avez pas peur?

Non, pas du tout. Je ne me reproche de rien. Je n’ai même pas appris cette nouvelle. C’est vous qui me l’apprenez. Est-ce que [la Crief] a la légitimité d’émettre un mandat? Quel est le pays qui va appliquer ça étant donné, que les gens sont déjà suffisamment informés?

A quelles conditions accepteriez vous de rentrer à Conakry pour faire face aux juges?

Mais moi, je suis disposé à rentrer. Mais je ne fais pas confiance à cette justice. Malheureusement parce que le traitement antérieur du dossier de ma maison, pour lequel tous les documents requis étaient là, mettant en évidence ma propriété, ça n’a pas permis à la justice de passer. Jusqu’à présent, elle n’a pas tranché. Et c’est moi qui l’ai saisie mais elle ne fait que renvoyer l’affaire. C’est dernière convocation a été considérée par mes avocats comme irrégulière. Lorsqu’il y aura une convocation régulière, j’irai, j’apprécierais.

L’ancien président béninois, Thomas Boni Yayi, a été désigné médiateur de la Cédéao pour la Guinée. Il vient d’ailleurs d’achever son deuxième séjour à Conakry. Est-ce que vous avez franchement confiance en lui?

Je n’ai pas de raison de douter de sa bonne volonté. Par contre, je me demande si la junte est ouverte à une médiation extérieure parce que ce que j’attends, c’est que la Guinée puisse régler seule ses problèmes. Or, il y a une crise de confiance telle que sans médiation extérieure, ce sera très difficile d’aplanir les divergences et d’éteindre les conflits qui opposent aujourd’hui les partis politiques et la junte.
 

Cellou Dalein Diallo Merci.

Merci beaucoup.

Entretenu Eric Topona dw