6 juillet 2022
Enfin une agence de notation financière africaine 

apprécié à son juste niveau loin de préjugés non fondés et à partir de critères inadaptés au contexte africain © 38778402 / RVNW - stock.adobe.com

Enfin une agence de notation financière africaine ?

RÉPLIQUE. Pour Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine, l’exagération des évaluations du risque d’investissement en Afrique le justifie.

Comment faire pour que le risque d’investissement en Afrique soit apprécié à son juste niveau loin de préjugés non fondés et à partir de critères inadaptés au contexte africain ? La question est essentielle, car de sa réponse dépendent les taux auxquels les pays du continent peuvent emprunter sur les marchés internationaux pour financer leurs projets de développement. Pour donner une réponse adaptée, le chef de l’État sénégalais, également président en exercice de l’Union africaine (UA), appelle à la création d’une agence de notation financière africaine. À ses yeux, cette solution s’impose face « aux évaluations parfois très arbitraires des agences internationales qui exagèrent le risque d’investissement en Afrique, ce qui renchérit le coût du crédit ». Il s’est ainsi exprimé dans un discours diffusé dimanche sur la radio privée sénégalaise RFM. La veille déjà, lors de la Conférence économique Dakar 2022 » organisée par des économistes africains sur le thème « L’Afrique partenaire leader », il avait dénoncé la situation qui prévaut actuellement.

Dénoncer l’utilisation de critères subjectifs d’ordre culturel ou linguistique

« En 2020, alors que toutes les économies subissaient les effets du Covid-19, 18 des 32 pays africains notés par au moins une des grandes agences d’évaluation ont vu leur notation dégradée. Ceci représente 56 % de notations dégradées pour les pays africains contre une moyenne mondiale de 31 % pendant la période », a dit le président Macky Sall. « Des études ont montré qu’au moins 20 % des critères de notation des pays africains relèvent de facteurs plutôt subjectifs d’ordre culturel ou linguistique, sans lien avec les paramètres qui jaugent la stabilité d’une économie », a-t-il encore estimé. Une des conséquences est que « la perception du risque d’investissement en Afrique reste toujours plus élevée que le risque réel. Nous nous retrouvons ainsi à payer plus qu’il ne faut des primes d’assurance, ce qui renchérit le crédit accordé à nos pays ». « Nous continuons à payer des taux d’intérêt très élevés à cause d’un système inéquitable d’évaluation du risque d’investissement en Afrique », a-t-il insisté.

Macky Sall © VALERIA MONGELLI / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Un appel dans le sillage du consensus de Dakar

Si le Covid-19 a illustré de manière criarde les déséquilibres dans l’appréciation du risque en Afrique, il n’a pas été à l’origine de la réflexion vers la mise en place d’une agence de notation financière panafricaine. Dès le 2 décembre 2019, à la conférence organisée à Dakar sur le thème « Développement durable et dette soutenable : trouver le juste équilibre », les présidents du Sénégal, Macky Sall, du Togo, Faure Gnassingbé, de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, du Bénin, Patrice Talon, ainsi que les ex-présidents Mahamadou Issoufou du Niger, Roch Marc Christian Kaboré du Burkina, et Boubou Cissé, alors Premier ministre du Mali, ont, avec le concours actif du Cercle des économistes présidé par Jean-Hervé Lorenzi, échangé avec la directrice générale du FMI, Kristalina Goergieva, dont c’était la première sortie, Amina Mohammed, vice-secrétaire générale des Nations unies, et Hafez Ghanem, vice-président Afrique de la Banque mondiale. Ensemble, dans une colère froide, ils ont exprimé leurs inquiétudes et leur vision de la relation entre leurs pays et les institutions internationales. Ainsi, ils n’avaient pas hésité à mettre à l’index la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’Organisation pour la coopération et le développement économique sans oublier les agences de notation, surtout les agences de notation.

Par Malick Diawara lepoint