Qatar 2022 un dispositif de climatisation pour rafraîchir la température sur le terrain

Un dispositif de climatisation pour rafraîchir la température sur le terrain dans le Stade de Lusail, au Qatar,,(MUSTAFA ABUMUNES / AFP)

Coupe du monde 2022 : climatisation, démontage, recyclage…

“Le Qatar vise le Graal”

Le Qatar “utilise le sport pour gagner en puissance et en influence sur la scène internationale. Il vise le Graal du sport. Et cela se joue dans la période estivale européenne, à un moment où les conditions [météorologiques] sont horribles”, explique le chercheur. D’autant que, “dans les pays du Golfe, la clim’ n’est pas un gros mot. Elle fait partie du mode de vie.”

Le déploiement de systèmes révolutionnaires d’air conditionné a donc fait office d’argument massue pour crédibiliser la candidature de Doha auprès de la Fifa. Dès 2011, des architectes ont toutefois admis que leur prototype innovant de climatisation était “trop cher et évidemment trop polluant si déployé à grande échelle”. En 2014, la Coupe du monde a donc finalement été déplacée non pas dans l’espace, mais dans le calendrier : en hiver, quand le mercure oscille entre 20 et 25 degrés au Qatar. Cette décision peut alléger le bilan carbone du Mondial, si la clim’ n’est pas allumée pendant le tournoi. Mais pas celui des bâtiments, pensés pour être utilisés tout au long de l’année.

Quoi qu’en disent les organisateurs, “aucune construction de stades climatisés dans le désert ne peut prétendre participer à l’effort collectif de réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre”, assène Guillaume Carbou, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Bordeaux et co-auteur du livre Greenwashing – Manuel pour dépolluer le débat public (ed. Seuil).

Communiquer sur une compétition “neutre en carbone” et mettre en avant les performances énergétiques des stades – jusque dans les allées de la COP26 – revient à “verdir l’emballage, alors que tout le produit pose problème”, résume-t-il. Le produit ? La Coupe du monde elle-même, événement que le gigantisme rend “incompatible avec un monde durable”, de surcroît dans un pays qui ne disposait pas des équipements nécessaires pour l’accueillir avant d’entreprendre des travaux pharaoniques. 

Les émissions cachées 

En réalité, la consommation d’énergie liée au fonctionnement de ces stades ne représente qu’une faible part de leur impact climatique. Produire du béton, du ciment, de l’acier, du verre, émet des quantités faramineuses de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Pour n’en citer qu’un, le stade de Lusail, qui accueillera la finale, repose sur des colonnes pesant plus de 6 000 tonnes d’acier. Des “émissions intégrées” difficiles à tracer, souligne Gilles Dufrasne, auteur d’un rapport de l’ONG Carbon Market Watch* sur l’impact environnemental de la Coupe du monde. “Les émissions liées à la construction des stades sont potentiellement jusqu’à huit fois plus importantes qu’annoncé par les organisateurs”, estime-t-il. 

L’ONG pointe un tour de passe-passe méthodologique. Selon elle, l’hypothèse des organisateurs consiste à dire que “puisque les stades ont une durée de vie de 60 ans et que la Coupe du monde dure un mois, alors ils ne sont responsables que d’un mois sur 60 ans de la quantité totale d’émissions”, explique Gilles Defrasne.

Des supporters devant le Stade de Lusail, au Qatar (AFP)

Ce calcul sous-entend par ailleurs que les stades seront utilisés après la compétition en tant que centres commerciaux et hôtels, ou mis à disposition d’équipe locales. Or, dans ce pays de 2,5 millions d’habitants, “les projets de reconversion sont peu détaillés et souvent peu crédibles”, poursuit le spécialiste. “Certains stades verront leur capacité d’accueil baisser mais resteront des enceintes de tailles significatives. L’un recevra une équipe locale, un autre l’équipe féminine nationale…”, liste-t-il, circonspect sur la capacité future à remplir les tribunes.

SOURCE France Télévisions