6 juillet 2022
Aimé Césaire le député martiniquais

Les « quatre vieilles colonies » la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion

19 mars 1946 La République française prend des couleurs

Le 19 mars 1946, la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion deviennent des départements d’outre-mer sur un vote à l’unanimité de l’Assemblée nationale.

Ces « confettis de l’empire »  auraient pu, comme les îles à sucre britanniques, devenir indépendants. C’était en tout cas le souhait des propriétaires blancs, descendants des premiers planteurs, qui voulaient ainsi faciliter leurs relations avec les États-Unis et échapper aux lois sociales de la République française.

Mais le projet de départementalisation a été défendu bec et ongles par le député martiniquais Aimé Césaire, poète de la « négritude ». Il a eu finalement gain de cause.

L’euphorie de la Libération

Les « quatre vieilles colonies » sont ainsi dénommées parce qu’elles sont à peu près tout ce qui reste du premier empire colonial français, constitué avant la Révolution. Leurs habitants de toutes origines ont obtenu la citoyenneté française et le droit de vote dès avril 1848, dans le droit fil de l’abolition de l’esclavage. 

Dans l’euphorie de la Libération, ces colonies obtiennent d’être promues au statut départemental grâce à l’effort conjoint de leurs députés noirs ou métis, Aimé Césaire étant le rapporteur de la loi.

Quelques mois plus tard, le 24 septembre 1946, les autres colonies, en Afrique, en Asie et dans le Pacifique, sont transformées en collectivités  ou territoires d’outre-mer (TOM). Leurs habitants bénéfient d’un statut particulier de citoyens-sujets avec un droit de vote local. Le statut de l’indigénat est aboli. 

Du fait que ces collectivités ont conservé le souvenir d’une histoire antérieure à la colonisation, elles ont vocation à accéder à une autonomie de plus en plus large puis à l’indépendance.

C’est ainsi que la plupart des colonies françaises d’Afrique vont accéder à l’indépendance en 1960. Les dernières à l’obtenir seront les Nouvelles-Hébrides en 1980 (aujourd’hui le Vanuatu), la Côte française des Somalis en 1977 (aujourd’hui Djibouti) et les Comores en 1974 (à l’exception de Mayotte).

Quatre anciennes colonies conservent leur statut de collectivité d’outre-mer : la Polynésie française (ou Établissements français du Pacifique), la Nouvelle-Calédonie et Saint-Pierre-et-Miquelon.

L’archipel de Wallis-et-Futuna, détaché de la Polynésie en 1961, constitue une cinquième collectivité d’outre-mer. L’île de Saint-Bathélemy et la moitié nord de Saint-Martin ont été dissociées de la Guadeloupe et également érigées en collectivités d’outre-mer en 2007.

Notons que les anciens protectorats (Tunisie, Maroc, Cambodge) sont devenus en 1946 des États associés à l’Union française avant d’accéder à l’indépendance.

Amères désillusions

Après la décolonisation de l’Indochine, de l’Afrique et de l’Algérie, la République française va consentir de gros efforts financiers en faveur du développement des DOM-TOM (départements et territoires d’outre-mer). Mais les espoirs de la Libération se heurtent très vite à l’atavisme colonial et aux combines électorales et politiciennes…

Par Alban Dignat Historien